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Mise en circulation

Les constructeurs automobiles sont-ils des gens imprévoyants ?

automobile-electricite-pt05Les constructeurs automobiles ont souvent le génie mécanique, mais pèche régulièrement sur des détails ou des absences que de simples quidams sont parfois susceptibles, à leur faible niveau, d'appréhender. Ces "détails" se révèlent quelquefois capables de provoquer leur banqueroute : témoin General Motors et tous les constructeurs américains, à l'exception notable de Ford, le plus européen des américains. On peut aussi citer les français et les SUV, qui débarquent dans le segment alors que le train est largement en marche et que l'on se demande si, ce que la crise économique nous réservant encore, ce train-là ne va pas s'arrêter en gare prochainement.

C'est ainsi que soudainement, les constructeurs découvrent les vertus de l'électricité dans les moteurs. L'électricité dans l'automobile, c'est un peu vieux comme l'automobile elle-même. Mais la facilité des énergies fossiles aidant (pétrole) et la problématique de la gestion de l'autonomie, ont fait reléguer ce mode de locomotion dans les limbes des bonnes idées à ne jamais matérialiser.

A la décharge individuelle de chaque constructeur, on imagine mal l'un d'entre eux développant unilatéralement une voiture électrique qui ne se vendra pas dans un contexte peu porteur. Cela, c'est évident. Pour autant, sur un plan communautaire, le microcosme de l'automobile n'a aujourd'hui rien développer - même s'il a pu vaguement envisager - de concept sérieux permettant d'ouvrir une alternative au pétrole, savoir les moteurs thermiques essence ou diesel.

automobile-electricite-pt02Soudain, la fée électricité

Ce qui s'avère exaspérant, c'est que tous aujourd'hui produisent leur voitures ou leurs midgets électriques à grand renfort de communication, comme pour signifier à la presse, donc au public : "Vous voyez, nous on percute et on réagit !".
No problemo... Mais c'est moins de la vertu que de l'opportunisme quand le public commence à prendre conscience que les énergies fossiles ne seront pas éternelles et que, dans l'intermède, leur prix va fatalement enchérir à terme d'une manière durable, et lourde. Même si la crise économique sur le court ou le moyen terme affecte la consommation des automobilistes, ce qui ne manque jamais de les inciter à réduire leur budget énergétique, donc de faire baisser mathématiquement par le jeu des marchés le coût de la matière première, il est une loi de physique universelle qui prétend faire augmenter le prix d'un produit indispensable lorsque celui-ci vient à tarir. En résumé, ce qui est rare est cher. Donc, le pétrole, même s'il peut baiser conjoncturellement, restera porté vers des valeurs hautes, qui se traduiront par un coût au litre élevé pour l'essence comme pour le gazole - et surtout pour le gasoil serais-je tenté de dire, plus difficile à raffiner, à forer, et appelé à se tarir le premier.

automobile-electricite-pt08Alors maintenant, tous les constructeurs ne jurent que par leur capacité à fournir des véhicules électriques ou hybrides. Parce que c'est tendance, parce qu'ils n'ont, eux-mêmes, plus guère le choix à terme.
Carlos Ghosn, le président de Renault, n'a-t-il pas estimé à 10% possible la part de la voiture électrique sur le marché en 2020 ? Alors, certains se frottent les mains, imaginant une possible et rapide conversion dans l'électricité.

Mais nous savons bien que l'électricité pollue aussi. Essentiellement lorsqu'elle est fabriquée à partir de centrales à charbon, principales pourvoyeuses de gaz à effet de serre. Mais à le bien prendre, avons-nous une alternative ? Les vrais faux bio-carburants ou agro-carburants, nous en avons déjà parlé : le remède ici proposé est sans nul doute pire que la cause qui le suscite.
Donc, va pour l'électricité, et tous les constructeurs jubilent ! Car il ne faut pas douter de leur capacité à terme (j'aime assez la locution "à terme", elle est très pratique !) de trouver des parades à l'autonomie, au poids et au coût des batteries (reste cependant des coûts de production aujourd'hui incroyablement élevés).

automobile-electricite-pt07Un pavé dans la mare : les parts de marché des voitures électriques vont ramper longtemps...

Seulement, voilà, le pavé vient de tomber dans la mare. En dépit des assurances prospères de M. Carlos Ghosn, un cabinet conseil (Oliver Wyman), après études fouillées, estime que même si l'intérêt autour du véhicule électrique est bien réel, sa part de marché devrait atteindre à peine 3,2 % ... en 2025 ! Il y a donc loin de la coupe aux lèvres.
Sur un marché mondial estimé à 90 millions de véhicules en 2025, le cabinet avance que les ventes de véhicules 100% électriques seront confinées à 3,2 millions de véhicules, dont 2 millions pour la seule Asie. Ah, merde !

On a ainsi l'impression que nos constructeurs ont agi comme nos banquiers qui pensaient que tant qu'on leur refilait de l'argent (notre argent), ils pouvaient le perdre. Le jour où l'argent n'est plus rentré, il n'y a plus eu de banques et on a dû leur refiler encore le pognon qu'ils ne nous avaient pas pris pour éviter qu'ils ne nous mettent un peu plus dedans.

Les constructeurs automobiles, c'est pareil : tant qu'il y a du pétrole, tout va bien. Mais le jour où il n'y aura plus ou beaucoup moins de pétrole, ils ont prévu quoi pour nous faire circuler ? Car eux aussi sont subventionnés par les nouzôtres, on est donc fondé à leur demander quelles sont leurs parades par rapport à la problématique de notre mobilité future !

automobile-electricite-pt09S'en remettre à Dieu, c'est encore plus sûr

Mes frères des îles et de la Grande Terre, je vous le dis : en vérité, on est bien dans la merde. Certainement pas pour de suite. Peut-être même sommes-nous, de ce point de vue, tranquille encore quelques bonnes années. Je l'espère, du moins, car rien de moins avéré compte tenu du contexte international. Mais les plus jeunes générations, si elles en avaient conscience, pourraient avoir du souci à se faire. La politique du bénéfice à court terme tue la prospective, et l'on ne me fera pas accroire le contraire. Dans les faits aujourd'hui, les constructeurs automobiles n'investissent pas l'avenir parce qu'ils s'en dédouanent, laissant le bébé aux politiques, eux-mêmes incapables de s'entendre sur les questions essentielles de la survie de l'espèce humaine.

Moi, je nomme cela de l'inconséquence. Mais tout en étant sévère avec les constructeurs auto (que j'admire béatement par ailleurs pour leur génie !), on ne saurait leur en vouloir davantage qu'aux autres. La planète entière, et au plus hauts niveaux, nagent dans l'incurie et l'inconséquence. On est tout simplement bien mal barré...

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Réalisation Scsi / SkaZy
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