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Mise en circulation

Les bénéfices pétroliers dilatés par le climat !

L'Argus de NC a 100 yeux, dont 50 toujours ouverts. Cela, nous vous l'avons déjà dit. Mais il a aussi 100 oreilles, dont 50 en écoute permanente. Le jour et la nuit, tout bien considéré ! C'est ainsi qu'il s'est laissé dire une histoire à propos des carburants importés sur notre Territoire. Selon cette histoire, ces carburants livrés et taxés en Nouvelle-Calédonie le seraient à une température dirigée, c'est-à-dire qu’ils sont transférés des tankers à une température assez basse par rapport à notre température ambiante moyenne. Ensuite ce carburant, une fois dans nos cuves calédoniennes, revêtirait une nouvelle dimension, se dilaterait, en somme, pour atteindre des valeurs plus élevées que celles déclarées lors de son achat par les sociétés pétrolières du Territoire. Armé de cette histoire, l'Argus de NC s'est livré à une petite investigation et, surtout, s'est adonné à quelques expériences avec le bénévole et efficace concours de professeurs de physique chimie du lycée Lapérouse.

PETIT PRÉAMBULE INDISPENSABLE

Ces expériences menées trois heures durant dans les locaux du lycée Lapérouse, en pleine période de vacances scolaires, et qui ont requis le retour au gîte professionnel de deux professeurs enseignant dans ce lycée, ont stricte valeur de démonstration. Ce sont de bons baromètres, d'excellentes indications de la hiérarchie des valeurs observables, et elles furent menées selon des procédures propres aux démonstrations opérées dans les cycles terminaux des études secondaires. À notre requête, deux professeurs de physique chimie de ce lycée ont accepté avec intérêt de mener cette expérience à titre expérimental et professionnel.

En quelque sorte, l'intérêt sans cesse renouvelé d'enseignants passionnés (il en existe encore !) pour la matière qu'ils professent et la perspective d'en tirer des préceptes à des fins pédagogiques. D'aucune façon, en revanche, ils ne sauraient s'associer aux conclusions afférentes déduites par notre rédaction, chose qui ne les concernent pas.







POURQUOI CES EXPÉRIENCES ?

Franchement… Que les pétroliers du Territoire réceptionnent nos carburants sous température conditionnée de 15°C, et les revendent à une température moyenne annuelle d'environ 25°C, engrangeant au passage les bénéfices de la dilatation desdits carburants et faisant payer ce surnuméraire à leurs gérants et aux consommateurs calédoniens, c'est une chose qui relève du domaine de l'admissible et des affaires intérieures de l'administration de ces sociétés ainsi que de la vigilance des pouvoirs publics. Tant mieux pour eux ! Certes, il est fait ici abstraction de toute notion de "moralité". Mais enfin, vraiment pas de quoi fouetter un chat en l'espèce. Les affaires sont les affaires ! Du moins en surface. Et finalement, même, pourrait-on dire, le consommateur calédonien continue de payer l'essence au même prix… Eh bien, justement.

Ce n’est pas tout à fait vrai !

Nous avons connu une augmentation de carburant en tout début d'année - sans préjuger de celle à venir -, pour faire face à l'inflation du coût du baril de pétrole. Prétexte invoqué : l'enchérissement des coûts d'approvisionnement... Certes. Mais au vu des chiffres que nous allons vous communiquer et des expériences auxquelles nous nous sommes livrés, nous sommes positivement fondés à nous poser la question suivante :

A-t-on augmenté le prix de nos carburants pour faire face au renchérissement des tarifs pétroliers ou, plus prosaïquement, pour ne pas écorner les marges bénéficiaires de nos pétroliers en Nouvelle-Calédonie ?

C'est une sacré put… de bonne question (me rappelle plus dans quel film j'ai entendu cette réflexion…) !

1ER JUIN 2005 - 13h30

Nous sommes curieux de savoir le degré de dilatation, sous l’effet de l'augmentation des températures, des carburants SP 95 et gasoil. En vertu de leurs résultats, nos expériences vont servir à étayer la thèse selon laquelle il n'y a pas de meilleur commerce en Nouvelle-Calédonie que celui du pétrole. Ensuite que l'augmentation subie récemment ne s'imposait pas vraiment. Car quand le coût du baril baisse, de mémoire, nous n'avons jamais vu une répercussion aux pompes.



En effet, les statistiques de volume de carburant importé ne tiennent pas compte du tout sous nos latitudes du phénomène physique de la dilatation - substantiel. Pour en avoir le cœur net et quantifier autant que faire se peut ces bénéfices lourds, il nous faut confronter les présomptions de notre flair avec les certitudes de la physique. Nantis de 5 litres de gasoil et de 5 litres d'essence, nous nous installons en classe de physique chimie avec les deux professeurs, avides d'observer le phénomène physique de la dilatation des carburants.



15°C : La température de ce carburant dans le ballon (flacon) d'un litre est descendue à 15°C de façon homogène (avec l’agitatur magnétique . Le trait rouge vous indique le niveau de la pipette graduée.
NIVEAU = - 7,65 ML




MODE OPÉRATOIRE :

  • Pression constante (soit en condition d'usage normalisé)
  • Thermomètre électrique
  • Thermomètre à mercure
  • Agitateur magnétique (aux fins d'homogénéisation des températures de carburants)
  • Échelle de températures suscitées : de 15 à 25°C

CARBURANT ESSENCE SP95

Voici le détail chiffré des phénomènes physiques observés lors de nos expériences avec le carburant essence SP 95. Au cours de cette expérience (renouvelée), nous avons pu observer une dilatation du SP 95 d'une valeur de 1,5 ml par degré Celsius pour un litre. Soit pour 10°C (de 15 à 25°C), environ 15 ml de volume de dilatation pour un litre de carburant. Pour vous donner une première petite indication, le débit annuel d'une seule grosse station de Nouvelle-Calédonie en essence SP 95 est d’environ 4 035 000 de litres. Si l'on s'en reporte à nos expériences, on peut établir la multiplication suivante : 4 035 000 x 15 ml = 60 525 000 ml à la barbe de tout le monde, et en bénéfice net.

Soit converti en litres POUR UNE SEULE GROSSE STATION : 60 525 litres/an. Soit encore en espèces sonnantes et trébuchantes POUR UNE SEULE GROSSE STATION : 6 718 275 F/an (net de taxes) ! Hé !







25,1°C : Nous stoppons tout ; la pipette dégorge à l'envi. La dilatation ressort à 1,5% pour 10°C.









GAZOLE

Nous avons procédé de la même manière pour le gasoil, mais les résultats furent différents.

Au cours de cette expérience, nous avons pu observer une dilatation du gasoil d'une valeur de 0,9 ml par degré Celsius pour un litre. Soit pour 10°C (de 15 à 25°C), environ 9 ml de volume de dilatation pour un litre de carburant.

Pour vous donner une - nouvelle - première petite indication, le débit annuel d'une seule grosse station de Nouvelle-Calédonie en gazole est d'environ 2 900 000 litres. Soit 2 900 000 x 9 ml = 26 100 000 ml à la barbe de tout le monde, et en bénéfice net.

Soit converti en litres POUR UNE SEULE GROSSE STATION : 26 100 litres/an.

Soit encore en espèces sonnantes et trébuchantes POUR UNE SEULE GROSSE STATION : 2 714 400 F/an (net de taxes) ! Hé !





15°C : Niveau de gasoil dans la pipette = - 7,4 ml.




COMMENT NOS PÉTROLIERS S'ENRICHISSENT…

Les carburants étant évacués du tanker à une température conditionnée (“dirigée”, selon la terminologie pétrolière) de 15°C, la dilatation thermique des carburants étant une chose physiquement avérée, en ayant apprécié une idée - même relative - du volume à partir de nos expériences, reste maintenant à savoir, à quantifier, à chiffrer cette manne, exempte semble-t-il de tout regard administratif et de taxes pour les ayants droit.

En 2004, il fut importé en Nouvelle-Calédonie 82 948 700 litres (près de 83 millions de litres) de SP 95, dont les taxes furent acquittées sur la base de ce volume considéré en tonnes (invariables elles - souvenez vous du kilo de plume ou de plomb), qui coïncident à une masse de ce carburant comptabilisée physiquement et administrativement à 15°C. Ce carburant fut stocké à température ambiante et revendu aux gérants de stations-service à une température moyenne annuelle d'environ 25°C. Vous suivez…

Bénéfice potentiel inhérent à la dilatation (SP 95) : 1 244 231 litres !

En 2004, il fut importé en Nouvelle-Calédonie 146 825 752 litres (près de 147 millions de litres) de gasoil, dont les taxes furent acquittées sur la base de ce volume considéré en tonnes (toujours invariables), qui coïncident à une masse de ce carburant comptabilisée physiquement et administrativement à 15°C.

Ce carburant fut stocké à température ambiante et revendu aux gérants de stations-service à une température moyenne annuelle d'environ 25°C. Vous suivez…

Bénéfice potentiel inhérent à la dilatation (gasoil) : 1 321 432 litres !




25°C : Constatation : le gazole se dilate cependant dans une moindre proportion que le SP 95, il est aussi plus lourd, donc moins volatile.




DE COMBIEN NOS PÉTROLIERS S'ENRICHISSENT…

En vertu de la loi physico-chimique de la dilatation des carburants sans plomb 95 et gasoil, au regard des expériences menées de concert avec des professeurs de physique chimie, le bénéfice net de taxes à répartir entre les trois pétroliers, fonction de leur ventes respectives, serait donc annuellement de (sur bases tarifaires 2005 – année de l'enquête) :

  • SP 95 : 138 109 586 F
    (plus de 138 millions de francs CFP).
  • Gasoil : 137 428 904 F
    (plus de 137 millions de francs CFP).
  • Soit au total : 275 538 489 F
    (plus de 275 millions de francs CFP).


Ces colossaux bénéfices sont surnuméraires et viennent se superposer aux marges déjà dégagées par la vente du carburant déclaré à 15°C. C'est strictement le seul phénomène de la dilatation qui octroie cette manne…

POURQUOI LES CARBURANTS À 15°C ?

Il s'agit simplement d'une norme internationale destinée à uniformiser le volume de combustibles débarqué des navires-citernes eu égard, précisément, à la dilatation des carburants, mise en exergue ici. Dans le cas contraire, fonction des températures locales, le coût au litre serait fort variable d'une destination sur l'autre (entre l'Afrique et le Caucase, par exemple…). Naturellement, comme on peut le constater à la faveur de notre enquête, les pétroliers implantés dans certains pays chauds sont plus avantagés que d'autres…

NOS CHIFFRES SONT-ILS FIABLES ?

Ils représentent un ordre de grandeur et ne sauraient prétendre à une justesse de nature arithmétique. Cependant, nous avons contenu le volume aux sources d'approvisionnement de Singapour, et nous avons fait abstraction des autres carburants, par exemple kérosène et fioul lourd.

Par surcroît, l'expérience menée de front avec les professeurs met en exergue, en quelque sorte, sa fiabilité. Il est notoire que le gasoil est moins volatil que l'essence, et cela transparaît dans la réalité de nos expériences en des proportions admises par la communauté scientifique. Que l'on prenne un litre ou 100 000 litres de carburant, les coefficients de dilation sont les mêmes, la nature physico-chimique du phénomène ne variant pas d'un iota fonction de la quantité.

À cela, nous pouvons ajouter que nous nous sommes confinés à une valeur étalon de 25°C. Or chacun de savoir que la majeure partie du temps, les températures sont supérieures en Nouvelle-Calédonie. Les carburants n'auront de cesse de bedonner de manière exponentielle avec la chaleur, jusqu'à la déflagration…

Que penser, en plein été, de carburants achetés à 15°C et distribués à 32°C… Ce n'est pas pour rien que les gérants de stations-service râlent lorsqu'ils sont livrés en début d'après-midi, et qu'au petit matin suivant, ils savent leurs cuves moins pleines que la quantité relative qu'ils ont réglé aux pétroliers…

Ce qui ne laisse pas de nous faire penser que sans être arithmétiquement infaillibles, nos chiffres sont voisins de la réalité… Qui sait…inférieurs ?

CONCLUSION

Nous pensons que les valeurs communiquées ci-dessus se suffisent à elles-mêmes. L'enchérissement du carburant à la pompe ne s'imposait pas vraiment en début d'année. Elle fut contenue cependant. Mais au regard de ce qui précède, complètement superfétatoire : elle a davantage contribué, il paraîtrait, à consolider les marges tirées du commerce du carburant, qu'à un juste équilibre pondérateur justifié par l'envol des prix du baril.

NB : Il faut cependant savoir, qu'à la suite de la publication de ce dossier (10 juillet 2005 - ndlr), même si nos nombreuses oreilles ont entendu des échos pétroliers considérant nos écrits comme un tissu de mensonges - si, si, c'est vrai -, il ne s'est pas écoulé un trimestre (courant septembre 2005 - ndlr) avant que le texte réglementaire et le mode de calcul des taxes à l'importation n'aient été modifiés... Comme quoi !
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