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Morte à 16 ans en scooter

 

accident-scooter-02Elle avait la vie devant elle, il reste à ses parents leurs yeux pour la pleurer. L'empathie a ses limites, et il est difficile de trouver des mots pour peindre l'horreur et la détresse sans fond de parents qui perdent leur enfant. Pour l'avoir vécu de près, je sais que l'on ne s'en remet jamais. Jamais. On vit, on survit, on continue, mais d'une certaine manière, la mère, le père, se zombifient.Il y a un avant, et il y a un après l'accident, désormais subi chaque jour.


Cet exorde pour m'associer totalement à la douleur des parents et de la famille de cette jeune femme de 16 ans, cette adolescente qui s'est tuée en scooter lundi matin, 29 mars 2010, à Nouméa.


Mais je voudrais apporter mon écot, ma contribution, aussi inutile fut-elle. Parce que si un seul jeune entendait ce message, si un seul adulte se révélait moins sourcilleux - mais un seul ! - alors ce serait pour toute notre équipe une immense victoire.


les-nouvelles-caledoniennes-01Circuler à 2 roues est dangereux. Pour le vivre chaque jour, je sais de quoi je parle. Il y a les autres usagers qui constituent l'essentiel du danger dès lors que vous avez pris un peu de bouteille et que vous gérez la route de manière satisfaisante. Je le vois : tous les accidents que j'ai failli avoir sur un 2 roues ces 15 dernières années, et impliquant un tiers, l'étaient à son tort exclusif : changements de file non signalés directement sur le motard, refus de priorité (le plus classique), changement de direction coupant la route depuis une voie interdite, etc. Je me suis même fait heurter 2 fois à l'arrêt : 1 fois à un feu rouge en ville et une autre fois au péage de la Savexpress. Difficile de conjurer tout cela, la chance, les réflexes, le klaxon, l'anticipation sont parfois les seules parades.


Mais je vois aussi ces jeunes à scooter et je dois confesser que moi, motard, je les redoute plus que tout en ville et en périphérie.

 

La jeunesse, élixir de l'inconscience

accident-scooter-04Oui, nous avons tous été jeunes, certains le sont encore, d'autres le sont moins, et c'est cette dernière engeance - engeance car aujourd'hui vous êtes fatalement un vieux con si vous n'êtes plus un jeune con - que j'assimile. Eh oui, la jeunesse n'est pas une vertu durable ! Mais je ne suis pas complètement vieux : bon quadra, en attendant pire. Et..., et..., finalement..., compte tenu de la durée de vie d'un être humain, hein !?, ma jeunesse n'est pas si distante d'aujourd'hui que cela...

Et même que je m'en rappelle fort bien (ânnona-t-il, d'une voix chevrotante...) !


Je me rappelle notamment qu'à 14 ans, alors que je transportais en MBK d'alors un caïd de 18 ans derrière moi et que je m'apprêtais à m'arrêter pour regarder à une intersection si je pouvais la franchir sans danger, mon passager m'avait enjoint du haut de sa forte réputation - justifiée - de bagarreur, de traverser la route, sans m'arrêter, sans regarder. Et moi, pour ne pas passer pour une tarlouze, j'avais foncé, sans m'arrêter, sans regarder, sans savoir si une voiture n'allait pas nous envoyer ad patres, à travers la route. Est-il utile de préciser au lecteur que si des voitures étaient engagées à ce moment-là sur la route traversée de part en part sans aucune visibilité, elles nous auraient pulvérisé ? J'ai eu de la chance, et j'étais jeune, inconsistant et influençable par le gros bagarreur que je "quillais" sur la selle bi-place de la mob à mon frère...

 

C'est cela être jeune

accident-scooter-03- On ne croche pas le casque pour faire quelques mètres parce que ça fait péteux et que votre réputation aura à en souffrir dans l'univers impitoyable de la jeunesse, peu enclin à l'indulgence.

- Vous suivez celui qui est passé devant en scooter, en se faufilant, parce que vous redoutez de paraître balourd, même si vous vous demandez si ça va passer, ce qui constitue, à le bien prendre, une épine moins pointue à supporter que de se faire larguer sur la route par la copine ou le copain. De toute façon, vous êtes invincible.

- Vous ne levez pas la roue avant au milieu des bagnoles : c'est donc que vous n'êtes pas sûr de vous, pas aidé, une lopette et que si ça se trouve, votre booster, c'est de la daube !

Et le reste à l'avenant. Être ado, ce n'est pas un sacerdoce, c'est un hymne à la connerie, à la déification de l'émulation par le pire.

 

Comment éviter ces pauvres adolescents sur la route ?

accident-scooter-01Quand je circule en ville à moto, au feu rouge, ils veulent à tout prix prendre la pole position. Même devant moi, à moto. Alors, bien sûr, au démarrage, ils me font chi..., et quelquefois, il m'arrive de gueuler devant cet obsession d'imposer leurs marques sur tous les terrains. Je me rappelle aussi de cette gamine en scooter que j'ai pensé un moment à rejeter d'un coup de semelle bien sentie, alors qu'elle venait droit sur moi en scooter après avoir grillé un cédez-le-passage à la sortie de Nouméa. Finalement, je n'osai pas et je coinçai mon klaxon en égrenant tout le chapelet des Saints du paradis. Complètement ahurie, elle s'est alors aperçue qu'elle allait pile poil me percuter sur le flan gauche... L'enfer, c'est les autres, et les autres, ce sont les scooters.


Pourtant, nous sommes tous des ados, et tant que les ados circuleront en booster, il y aura des accidents et des morts. Soit par la faute des autres, soit par leur faute. Mais même !... Même si ce n'est pas de votre faute, même si l'ado est un crétin invétéré sur la route, si vous le tuez et que vous êtes normalement et sensiblement constitué, toute votre vie vous songerez à ce jeune qui s'est tué parce que vous étiez là au moment où celui-ci a décidé de faire valoir ses droits prochains à se déclarer nouvel arrivant dans le monde des adultes. Car l'intelligence est chez vous. Chez eux, c'est le droit de celui qui pisse le plus loin.


petites-blessures-en-2-roues-01Un ado en scooter, c'est bête comme ses pieds, et il n'y a pas de solution miracle pour le rendre plus intelligent : ça se saurait depuis le temps... Et il n'y en aura jamais, quels que soient les examens de conduite auxquels vous les soumettrez. Quelles que soient les restrictions que vous leur imposerez. Il faudrait déclarer l'euthanasie des boosters pour en venir à bout, au moins sur la route. Et les génocides, ce n'est plus d'actualité. L'eugénisme par la marche à pied, non plus. Et, en tout état de cause, ôtez-leur un scooter, ils en fabriqueront un autre.


Alors, s'il n'y a pas de solution, je pense, moi, à cette jeune demoiselle, morte lundi. Je pense aussi à la fille unique de ma soeur, Aude, morte au même âge et dans des conditions proches en 2001. Et j'embrasse ma soeur, j'embrasse aussi ces parents endeuillé, à Nouméa, que je ne connais heureusement pas. Heureusement, car personne n'a envie de partager leur chagrin. Mais je pense à eux et je leur dis : si Dieu existe, ce que j'espère, et s'il existe un jour une résurrection, ce que j'espère encore sans trop y croire au fond de moi, pauvre mécréant, l'innocence de l'âge de cette jeune victime la désignera à la clémence divine. Car s'il est des injustices, celle qui consiste à mourir à 16 ans est l'une des plus cruelles que la route nous inflige.


Au revoir, donc, Mademoiselle... Et j'espère être fondé à dire au nom de tous : à bientôt. ;-)

 

 

 

Crédit photos : La dépêche, C.J.B., Brenden2010, Tacosnachosburritos

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