On aurait pu intituler cet article du nom d'une célèbre chanson parodique du regretté Bourvil : La taquetique-tique du Gendarme.
Si vous êtes comme moi, sitôt le barrage du radar passé, vous accélérez. Non pour rouler vite, mais parce que nous le savons tous, les limitations de vitesse sont parfois en deçà de ce qu'il est physiquement possible de rouler sans mettre sa vie et celle des autres en danger. Et puis, lorsque nous sommes prévenus, la plupart d'entre nous ne roulent même plus aux vitesses légales. Mais en deçà... Dès lors, passé le radar, c'est un juste retour à l'équilibre.
Et si vous êtes encore comme moi, vous restez tout de même sur votre quant-à-soi car on commence à prendre l'habitude d'une certaine forme de perversité dans l'art et la manière de l'usage des cinémomètres en Nouvelle-Calédonie.
Et si toujours comme moi vous scrutez au loin sur votre moto ou dans votre caisse les dangers de la route, de quelque nature qu'il soit, face à vous sur la chaussée mais aussi sur les accotements (chiens, radars, ivrognes, etc.), alors vous ne vous êtes pas fait couillonner par le double radar positionné par la Gendarmerie à la sortie de Tontouta, hier vers 16 heures. (Mais il est resté en place un bon moment, semble-t-il...)
Je sors de La Tontouta, sens Brousse-Nouméa. Et c'est vrai qu'en sortant de Tontouta, on a tendance à ouvrir les gaz. Peu ou prou. Bon. Je suis prévenu par des appels de phare et je roule à 90 km/h, puisque c'est limité à cette vitesse dans le bout droit qui longe l'aéroport (non, 110 km/h ? Je sais plus ! Oui, c'est bien 90 km/h !). Mais le premier radar est au bout de la ligne droite. Je double une Peugeot 407 car je sais être dans les normes de vitesse. Je passe le radar, je regarde au loin et je vois les gilets fluo du deuxième dispositif, à proximité du commerce isolé qui longe la route qui mène à l'aéroport. Distance entre les 2 radars : environ 1 km. Je n'augmente pas mon allure, mais la 407, elle, n'a rien vu et me double à son tour en pleine accélération avant de freiner brutalement devant moi. Le gendarme qui braquait son Eurolaser lui avait tapé dans l'oeil !
Enfin, tout ça pour dire qu'après la Police qui flashe à Nouméa en chemise hawaïenne et en XT 600, voici les gendarmes qui tendent des pièges très fute-futes. Un peu comme comme les fameuses 2 lames Gillette (qui ont encore fait des petits depuis). Vous savez bien : la première lame coupe le poil et le soulève pour éviter qu'il ne se rétracte et la seconde parachève le travail. C'est un peu ça. A Tontouta, la version gendarmerie donnait : le premier radar lève le lièvre et le second lui fait un sort !
Malin quand même ! Non ? Vous vous dites "ça y est, c'est fini !" et pan ! le deuxième radar - celui que vous n'attendiez pas -, il vous nique !
Allez, ça part d'un bon sentiment. Moi je le sais. L'idée est que vous ne vous sentiez jamais en sécurité pour commettre vos débordements, avec pour conséquence de vous inciter ainsi à lever le pied et à préserver votre vie et celle des autres...
Moi je ne suis pas contre. Tout au contraire. Je suis pour ! C'est juste qu'il faut aller jusqu'au bout de la logique répressive. On ne peut pas être électif dans ce genre d'action. Soyons cohérents.
Puisque l'on piège les automobilistes - puisque c'est évident qu'il s'agissait à La Tontouta d'une chausse-trappe pour intercepter un maximum de contrevenants, et puisque l'on veut combattre l'insécurité sur la route, il faut aussi (dans un premier temps) :
- Faire des contrôles d'alcoolémie directement à la sortie des bars de la Baie des Citrons et des discothèques de la place. C'est vrai, nombre de consommateurs de ces établissements prennent leur véhicule alors que leur taux d'alcoolémie est vraisemblablement supérieur à la limite autorisée. Voire très supérieur. .
- Faire des contrôles d'alcoolémie et de prises de stupéfiants directement à la sortie des endroits réputés pour en consommer le week-end. Je ne vais pas dire lesquels : je ne suis pas une balance. C'est juste que tout le monde le sait là encore : il suffit de lire la rubrique des faits divers dans le quotidien local.
- Interdire et supprimer l'implantation des squats en bord de voies rapides : c'est hyper dangereux pour tout le monde (manoeuvres de véhicules, chiens errants, enfants qui vont du vélo sur la Savexpress en vous arrivant en face, chaussée rendue glissante par la boue générée par les sorties des véhicules, etc.). Je sais que ce n'est pas très "politiquement correct" de dire cela, mais ici on ne traite pas de politique, mais de sécurité routière en Nouvelle-Calédonie.
- Assurer une signalisation des travaux plus rigoureuse. Par exemple, ne pas laisser en place les interdictions lorsqu'elles n'ont pu lieu d'être (week-end, jours fériés, grèves...) : ça les rend plus crédibles lorsqu'elles se justifient.
- Plus de sérieux dans la construction de nos routes qui s'affaissent ou se déforment, pour certaines, au terme d'un trimestre d'usage, les rendant parfois dangereuses, notamment pour les 2 roues.
- Lutter sans concession contre le fléau de la scorie sur les routes de Nouvelle-Calédonie. Il semble admis tacitement que sur certaines routes, il est normal que de la scorie ou des graviers encombrent les virages. J'ai même vu un cinémomètre (radar) sur la voie de dégagement ouest posé à proximité d'une flaque de scorie sans que cela ne gêne les opérateurs qui l'avait mis en service.
Et là, on aura commencé de lutter contre l'insécurité routière de manière aussi préventive...
Voilà, c'était juste mon idée. Personnellement, je félicite la Gendarmerie pour cette initiative très répressive. Mais enfin, que fait-on par ailleurs pour combattre la dangerosité de nos routes ? On ne peut sempiternellement requérir des usagers de la route des efforts constants - auxquels, je le répète, je souscris ! - en négligeant en parallèle des causes qui semblent apparaître comme majeures dans le lourd tribut que la population calédonienne doit payer à l'usage de ses routes. Alcoolémie ! Cannabis ! Et puis, pourquoi moi à moto des gamins à vélo : 10 ans, 12 ans, tout au plus..., m'arrivent en face sur la Savexpress qui est aujourd'hui une autoroute ? Pourquoi ?!
Qu'est-ce qu'on me répond ?
Double cinémomètre à La Tontouta.
Non. Non... Pas que ça...
Pour moi, on ne lutte pas contre l'insécurité routière véritablement en Nouvelle-Calédonie. On tape là où c'est facile de taper et on néglige là où c'est plus compliqué de le faire. Peu importe les raisons : ce n'est pas mon problème. Pourtant, les causes majoritaires de mortalité, elles sont bien là où on ne tape pas ! Et le résultat, ça donne quoi : un certain sentiment d'injustice...
Crédit photo dessin : Luc Daras - Crédit photo motard Gendarmerie : José Nicolas
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